J’ai sauté à l’élastique et rebondi comme une balle de flipper

Souvenir de mes joues collées aux lunettes, 2012

En me jetant dans le vide, pour la deuxième fois de ma vie ce dimanche, j’ai réalisé quelque chose.

Le souvenir impérissable d’avoir lâché prise

La première fois, c’était d’un avion, ficelée à un type, lui-même saucissonné à un sac à dos. Mes frères m’avaient généreusement offert ce saut en parachute pour mes 20 ans. Un rêve se réalisait. En vérité, je n’ai pas eu peur. J’étais excitée, impressionnée aussi par ceux qui en avaient fait un sport et qui semblaient vivre leur éjection de l’appareil de façon tout à fait banale.

Quand je me suis trouvée les fesses au bord, les jambes ballottantes dans l’air à 4000m d’altitude, je me suis fait la réflexion que les champs étaient bien loin et qu’il valait mieux que j’en profite, parce que de si haut, si quelque chose partait en vrille, y avait peu de chance que je m’en sorte intacte.

Dans ce saut (qui dure environ 8 minutes), pour moi, le meilleur moment se compte sur moins de deux secondes ; c’est celui où tu acceptes de te laisser tomber, sans pouvoir t’accrocher à rien, celui où ton coeur à la verticale, s’allonge comme sur un coussin d’air, et que tu prends la décision dans ce mouvement de bascule en avant, de t’offrir au ciel et que plus rien ne dépend de toi. Pendant ce très court instant, l’adrénaline te fait réfléchir à vive allure et prendre conscience de beaucoup de choses :

  1. Tu décides que maintenant, avoir peur ne fait plus sens.
  2. Tu décides que ce n’est plus entre tes mains et qu’il faut juste profiter de la vue.
  3. Tu lâches prise : tu n’as plus d’emprise. Alors vis ! Jusqu’à ce que tu ne puisses plus.

Will Smith a dit à propos de son saut en parachute à Dubaï un truc très juste : “The point of maximum danger is the point of minimum fear”. Quand la sensation de danger arrive à son paroxysme, alors vous n’avez plus peur.

Skogafoss, août 2016

Vertigineuse, ma belle.

A corps perdu, saute ! 

Ce dimanche, pour sauter à l’élastique, la peur était un peu plus présente. Le viaduc duquel j’allais m’élancer en tandem, avec un ami, n’était haut que de 45m. Quand on regarde en bas donc, on distingue presque les sauterelles perchées sur les brins d’herbes. J’exagère un tout petit peu. AHAH

La consigne pour ne pas se dégonfler et garantir de meilleures sensations est, bien entendu, de ne pas regarder en bas mais surtout de viser l’horizon en donnant une impulsion franche sur ses pieds, vers l’infini et au delà. Mon camarade était tellement nerveux que sur la planche, prêts à sauter, je devais être calme pour nous deux. Ca n’a pas été difficile. J’ai regardé les carrés de colza au loin. J’étais bien. Comme apaisée.

On en vient à l’essentiel . . .

C’est là qu’une ampoule s’est allumée dans ma tête. J’ai réalisé que dans TOUS les domaines, pour se sentir en sécurité, pour baisser son rythme cardiaque, il est question de fixer l’horizon, voir loin. Vous avez remarqué comme le mental vous pousse à vous casser en deux et à réduire votre champ de vision quand vous êtes essoufflés ? Alors qu’il est préférable de rester droit ouvrir le coeur et accrocher ses bras au dessus de sa tête pour reprendre sa respiration ? Regarder ses pieds, si proches, faisant partie de mon corps, si instables et pourtant contrôlables, apporte une sensation d’angoisse :

  • Au ski, si tu regardes tes pieds, tu vas tomber.
  • En sautant dans le vide, si tu regardes tes pieds, tu vois le précipice en dessous et la tarte aux mûres de toi-même aussi.
  • Pour les funambules, les jongleurs, c’est pareil, la concentration et l’apaisement viennent en regardant loin devant.
  • Quand tu apprends à faire du vélo, du scooter, de la moto et que tu regardes sur le trottoir dans un virage, tu risques de finir dedans. Alors que si tu portes le regard loin, tu feras une courbe sans à-coups et nette.

Et dans la vie, c’est comment ?

Au beau milieu des épreuves, du stress, des inquiétudes, des doutes, des soucis, et autres, si tu gardes le nez dedans, le sentiment d’y être piégé et enchaîné n’en sera que décuplé. Et savoir se sortir d’une impasse ne fonctionne pas en fixant inlassablement le Mur. Il ne va pas s’ouvrir. Il faut faire un petit tour sur soi, pour voir que la route est longue de l’autre côté. Pleine de nids de poules ou soulevant la poussière, peu importe, elle est tout de même un chemin praticable et le seul qui mène, vers Quelque Part.

J’en parle parce que ce n’est pas un acte évident pour moi. Quand ça ne va pas, ma tendance première est de remuer le couteau dans la plaie. C’est comme ça que je suis faite. Les expériences nous ouvrent les yeux. On tire des conclusions qu’on essaie jour après jour, de mettre en pratique. Le tout est de se rappeler combien c’est bon de ne pas être dans la détresse.