Escale à Porto : respiration à l’orée du printemps

J’avais envie de respirer un autre air, découvrir un autre bout de ma Terre. Et tout ça, sans dépenser des milles et des cents. Nous avions le choix, Julie et moi, entre Porto et Bologne. On a opté pour les couleurs gorgées de soleil des façades de Porto et leurs typiques azulejos (carrelages peints, la plupart du temps en bleu). D’abord ce sont les goélands à la sortie de l’aéroport, qui nous avertissent, que nous avons bien quitté Paris. Et puis la quantité astronomique de nourriture qui est arrivée sur plusieurs plateaux pour la modique somme de 13 euros par personne nous a confirmé que nous étions bien arrivés au Portugal et que les légendes sur ses assiettes géantes sont vraies !

Les temps forts de ce court voyage

  • Le cimetière d’Agramonte

A la manière du Père Lachaise, bon nombre de ses concessions à lui, sont d’inspirations gothique. Des Camélias et Palmiers ponctuent la visite. Sans parler des centaines de chats pensionnaires du cimetière, qui tantôt se dorent la pilule en roulant sur les tombes, tantôt dans les pelouses du lieu. C’était une promenade très reposante. Un chouette endroit, beaucoup moins glauque qu’on ne pourrait le croire. Et très bien entretenu.

Agramonte


  • Le Parc Palacio do Cristal

Immense jardin arboré, dont les ombres ondoient à la surface de chaque petit étang. Les saules se versent volontiers dans l’eau, les chênes et sapins se dressent fièrement vers le ciel. Des paons y font la roue et quelques colverts prennent des bains dans les fontaines. Le parc, à flanc de colline offre une vue panoramique sur tous les toits bordants le Douro ainsi que sur le Pont Arrabida, dernière porte avant l’Océan Atlantique.

 

  • Le Monastère Serra do Pilar, Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

C’est en traversant le fleuve, sur l’autre rive que nous avons pu visité ce lieu. Assez difficile de décrire cet endroit, complètement hors du commun. Construit au XVIe siècle, ce monastère a été érigé de façon à révolutionner les carcans architecturaux des églises catholiques. En effet, habituellement la nef en forme de croix, l’Eglise de ce monastère-ci ainsi que son cloître, forment deux cercles, de façon à figurer le symbole de l’infini. Sauf que le peuple n’a pas compris cette idée à l’encontre des traditions, il en a même été très offensé. Ainsi, un siècle plus tard, une annexe toute petite a été ajoutée, de façon à créer un effet d’optique et donner une impression de profondeur à l’autel. Son aspect est tout de même bien circulaire et en fait une vraie curiosité dans toute l’Europe. En 1809, pendant la guerre civile, le monastère a été occupé par les troupes de Wellington. Aujourd’hui, si vous voulez monter sur les toits du lieu, voir la ville de plus haut, et surtout le pont Dom Luís (et ses deux tabliers), vous serez escorté par un soldat en treillis, de l’armée portugaise.

  • La Librairie Lello, plus belle librairie du Monde

Après le Monastère, ça a été mon deuxième coup de coeur. Cette librairie est devenue un vrai pôle touristique et pour la préserver, l’entrée est payante (3€). Avec votre ticket, on vous remet un bon de 10%, donc si vous achetez un livre, votre entrée ne vous aura en définitive, rien coûté. Malgré le monde qui s’agglutine dans ce “pas si grand espace”, c’est un réel plaisir pour les yeux. Une rumeur dit que JK Rowling s’est librement inspirée de ce fabuleux escalier à double orientation et double volée, pour décrire celui du magasin “Fleury et Bott” dans le premier tome d’Harry Potter. Moi, ça m’a surtout évoqué “La Belle et la Bête” et sa mémorable bibliothèque dont j’étais sur-fan étant enfant. L’ingénieur qui est à l’origine de cet escalier l’a voulu rouge carmin. Le plafond monumental en vitrail éclaire d’une lumière très vive les boiseries néogothiques du lieu. Vous trouverez là-bas, des livres venus des 4 coins du Monde, des éditions très anciennes et puis des best-sellers de tous temps. Pas facile de faire une photo correcte avec autant de gens. Mais vous avez un aperçu de cette petite merveille.

  • Le musée Serralves et ses jardins

On y a vu, d’abord, l’exposition d’un artiste Français : Philippe Parreno. Etonnante, fascinante, étrange, dérangeante. Dans chaque salle (gigantesque) du musée, des ballons gonflés à l’helium, recouvraient entièrement les plafonds. Chaque salle avait sa couleur. Et sur les murs, dans de petits cadres, des peintures sombres dont on pouvait voir à travers les pigments noirs, que le support était du papier à lettres d’hôtels, le plus souvent. Sur ces peintures, on y voyait pas grand chose, on distinguait légèrement un insecte en mouvement dans la pénombre, comme un gros papillon de nuit. Sur chacun des cadres, le mouvement du papillon se discernait plus ou moins bien. Et puis dans toutes les pièces de l’expo, un bourdonnement était diffusé dans des hauts-parleurs, assez anxiogène, je dois dire. Dans certaines d’entres elles, les spots du plafond variaient leur intensité de lumière comme s’ils étaient mal réglés; dans d’autres, des stores électriques s’ouvraient et se fermaient frénétiquement. Créant ainsi une sensation de malaise et d’être complètement piégés. L’expo s’appelle “A time Coloured Space“. On traduira : “Un espace aux couleurs du temps”. J’avoue que cette expo a été une réelle souffrance, j’en avais des nausées et des maux dans la nuque avec tous ces bourdonnements et ces lumières qui changeaient en permanence (sujette aux migraines, ça n’aide pas). Néanmoins, j’ai beaucoup aimé le concept. l’idée de Parreno est de privilégier la cohérence de l’oeuvre plutôt que les travaux individualisés. Séparés les uns des autres, les éléments de ce travail n’ont aucun intérêt. Ce sont les variations de rythme et leur récurrence qui créent une atmosphère unique. L’histoire que nous raconte l’expo semble être celle du papillon de nuit, continuellement attiré/abîmé par la lumière. Elle sera au Musée Serralves jusqu’au 7 mai alors si l’occasion se présente, courrez-y.

Nous nous sommes aventurées ensuite, dans les jardins de Serralves. Il faut savoir que ce jour-là, il n’a pas cessé de pleuvoir. Et ça a été la plus belle balade qu’on ait pu faire, je crois. Les parfums des eucalyptus nous débouchaient les narines, les couleurs étaient beaucoup plus intenses, les oiseaux perchés tout en haut des branches, se livraient à de joyeux concerts. C’était particulièrement magique.

La gastronomie portugaise

Concrètement, tout est très gras, très riche. Cuit, cuisiné avec de l’huile, beaucoup d’huile. Au goût ça passe très bien (sauf le choux à l’huile), mais sur l’estomac, c’est lourd… J’ai testé deux trois trucs typiques de là-bas dont les beignets fourrés avec cette crème pâtissière toute jaune, qu’ils mettent partout : les Bolos de Belim. Si l’on ne regarde pas les valeurs nutritionnelles, effectivement, c’est délicieux. J’ai testé aussi leur Croissant Brioché à la Cannelle. Ca ressemble clairement à un croissant de chez nous, sauf que c’est totalement différent et pas du tout aussi digeste mais encore une fois, très bon. Enfin, j’ai testé la FRANCESINHA… C’est le plat à base de Saucisse, viande de boeuf, pain, oeuf, fromage. Ca fait partie des classiques portugais. Et celui-ci ne déroge pas à la règle : TRES BON, TROP GRAS. 

Le savoir-faire

Vous vous en doutez, à Porto, on sait surtout fabriquer du…Porto. Et nous sommes allées, Julie et moi, en déguster du Rouge et du Blanc dans une des nombreuses caves (parce que ça aurait été bête de ne pas le faire). Mais il y a aussi du Rosé, du Tawny, du Vintage, etc… Tout le snobisme autour du vin m’a toujours exaspérée mais j’avoue avoir apprécié d’apprendre les différences de vieillissement, la durée ou le genre de fûts, les robes, la fermentation, l’eau-de-vie pour conserver, etc… A Porto, les rues regorgent également de savonneries ou d’articles conçus en liège (maroquinerie, chaussures, couvertures de carnets, etc…), des sous-verres en faïence, imitant les azulejos.

Les photos urbaines

Cet article était très long, mea culpa, mais il me tenait à coeur d’écrire sur cette parenthèse dans l’ailleurs. J’ai mis du temps avant de savoir si j’avais aimé cette ville. Mais quatre jours ont suffi pour s’immerger. Beaucoup des bâtisses paraissent abandonnées, salies, en ruine. Il n’était pas rare de voir comme ci-dessus des façades trouées de fenêtres sans carreaux, sans volets, sans planchers ni portes derrière. C’est pas non plus une ville très animée, mais pour moi, ça n’a pas d’importance. C’est toute son histoire et ses savoureuses odeurs de barbecue dans les dédales de rue, qui faisaient son charme indicible. 

 Credit Photos : DLHH